La nouvelle ruée minière

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Une amie m’a fait cadeau d’un livre de Celia Izoard, philosophe et journaliste, qui publie notamment dans Reporterre et sur Mediapart. Spécialiste des mines et des chaînes d’approvisionnement du numérique, elle est l’autrice de La Ruée minière au XXIe siècle : Enquête sur les métaux à l’ère de la transition parue en 2024. Il s’agit d’un livre percutant.

Avec cet ouvrage remarquable, Celia Izoard met en lumière le paradoxe qui nous habite; « Pour régler le plus important problème écologique de tous les temps, on a recours à l’industrie la plus polluante que l’on connaisse ». Tel est le propos de l’autrice qui jette un éclairage nouveau sur les conditions de notre libération des énergies fossiles et de la transition énergétique, une transition qui nécessite des quantités colossales de terres rares et de minéraux aux noms imprononçables, mais qui ne sont pas moins essentiels au bon fonctionnement des éoliennes et  panneaux photovoltaïques, mais également de nos cellulaires, écrans de télé, ordinateurs, voitures électriques, etc.

De fait, à y regarder de plus près, on constate rapidement que cette frénésie minière n’est pas sans conséquences pour l’environnement, car, afin de concentrer ces minéraux stratégiques, les minières doivent user de quantité faramineuse de produits dissolvant les impuretés, des produits qui pour la plupart souilleront une part toujours croissante de nos sols et cours d’eau.  Et pourquoi? Dans quel but tirons-nous des entrailles de la Terre toujours plus de ces minerais? Qualifiés de stratégiques, nous nous empressons pourtant de les dilapider sur les marchés mondiaux où ils alimentent une industrie qui les gaspille sans état d’âme en produisant une panoplie d’appareils à l’obsolescence programmée.

Dans un tel contexte, la transition énergétique apparaît moins comme une planche de salut, qu’une entreprise de communication bien ficelée et orchestrée par l’industrie qui fait passer pour agneau le loup entré dans la bergerie. Or, ce retour en grâce de l’industrie minière aux yeux des décideurs ne doit pas faire illusion, puisque nous devons composer à nouveau avec ce que nous considérions il y a peu comme le reliquat « d’une société industrielle transcendée par la société de l’information ».

La transition énergétique a sa part d’ombre qu’il convient de ne pas ignorer. Cela est d’autant plus vrai que l’activité minière longtemps délocalisée revient chez nous. Elle revient par la grande porte pour des raisons de sécurité et de souveraineté certainement légitimes, mais dont le coût social et environnemental demeure élevé. Or, si nous souhaitons sortir des énergies fossiles sans détruire le peu qui nous reste, nous ne devrions pas mettre tous nos œufs dans le même panier et considérer d’autres avenues, comme la simplicité volontaire et la sobriété énergétique, par exemple. Elles sont peut-être les seuls véritables choix éclairés qui s’offrent encore à nous.

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