Qu’ont en commun les régions de Montréal, de Québec et notamment de la Gaspésie? Elles souffrent toutes d’une carence en matière de transport collectif. La faute incombe principalement à l’État québécois, dont le désintérêt pour celui-ci n’a d’égal que le sous-financement qu’il lui accorde. Comme l’indiquait la FTQ sur son site internet en novembre 2025, c’est le sous-financement chronique du transport en commun par l’État qui est en partie responsable des déboires de la STM. Ce sous-financement est également responsable du délitement du transport collectif interrégional marqué par un effondrement de l’offre en matière de transport aérien, par autocar et par train.
Comme le révélait une étude de l’IRIS publiée en 2023 et dont les données ont été reprises dans Protégez-vous en juillet 2025 « le nombre de départs hebdomadaires des transporteurs privés a diminué d’environ 85 % depuis le début des années 1980. » Parmi eux, Kéolis présent dans 15 pays et ayant un chiffre d’affaires de 7,7 milliards d’euros, une augmentation de 9,6% par rapport à 2023. L’entreprise détenue à 30% par la Caisse de dépôt et de placement du Québec assure la desserte en Gaspésie. Malgré ses résultats financiers, le transporteur menace régulièrement d’y cesser ses activités. Depuis janvier 2015, Keolis y a diminué la fréquence des départs et le nombre de points de services dans la péninsule est passé de 91 localités à seulement 15.
Quant aux déplacements par train et par avion, il ne sert à rien d’en parler. La réhabilitation du chemin de fer jusqu’à Gaspé n’en finit plus d’être reportée. Elle est pourtant nécessaire à la reprise du service offert par VIA Rail, service qui a cessé en 2013. Quant à la desserte aérienne, les prix des billets sont tout simplement prohibitifs.
Ce laxisme entrave notre mobilité à tous, freine la croissance d’entreprises régionales et gonfle nos émissions collectives de GES alors qu’on pourrait diminuer celles-ci si nous pouvions voyager autrement qu’à bord de nos voitures. Contrairement à ce qu’on nous laisse croire, il ne s’agit pas d’une fatalité, mais d’un manque de vision et de volonté de l’État à l’égard du transport collectif, que ce soit en milieu urbain ou rural.
Cette situation est un exemple de ce qui ne fonctionne pas au Québec. La centralisation excessive en est en partie responsable. En ignorant les réalités régionales, l’État accélère l’effritement des institutions locales frappées de plein fouet par les bouleversements démographiques, économiques et environnementaux. Ce faisant, il met en péril nos milieux de vie à tous.
Pour que cesse cette inconsidération des territoires et des décideurs locaux, nous sommes d’avis qu’une plus grande place doit être accordée aux régions dans la prise de décision. De plus, cette reconnaissance doit s’accompagner de pouvoirs et de leviers permettant aux régions d’agir en véritables parties prenantes et partenaires de l’État québécois.
C’est pourquoi, profitant des auditions publiques qui se tiendront sur le projet de Loi constitutionnelle du Québec, nous avons déposé un mémoire qui propose l’intégration des régions administratives à la Constitution. En agissant de la sorte, nous souhaitons que le Québec embrasse un modèle de gouvernance plus démocratique et décentralisé. Pour ce faire, nous proposons l’instauration d’une instance de gouvernance régionale s’inspirant des Conférences régionales des élus abolies en 2015, notamment dans les régions périphériques, afin de regrouper au sein d’une même organisation, des élus d’une même région et des représentants de la société civile. Ces instances seraient considérées et incluses dans la Constitution sous la forme d’un palier de gouvernance au même titre que les municipalités qui bénéficient du statut de gouvernement de proximité depuis 2017. Cette reconnaissance s’accompagnerait de compétences, de ressources et de l’autonomie nécessaire pour qu’elles puissent agir au sein de la région en partenaire de l’État. Enfin, nous proposons que l’État s’engage à maintenir les services de base essentiels au maintien des milieux de vie en région. Ces services reconnus comme essentiels sont la santé, l’éducation, les transports des personnes et des marchandises et les communications. Sur la base de ce constat et dans un souci d’équité pour tous, nous suggérons au gouvernement d’inclure cet engagement au sein de la Constitution du Québec.
GAÉTAN LELIÈVRE, Ex-député de Gaspé et ministre délégué aux régions et conseiller en développement régional
JEAN-SÉBASTIEN BARRIAULT, Ex-maire des Méchins, ex-conseiller politique et consultant
NORMAND CHOUINARD, Ex-premier vice-président aux investissements, Fonds de Solidarité FTQ
YVON LECLERC, Ex-président de l’Association des CLD du Québec
PIERRE B. BERTHELOT, historien, auteur et rédacteur principal à la Fondation Lionel-Groulx
Opinion publié dans Le Devoir le 26 novembre 2025
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