J’ai découvert Sofi Oksanen tout à fait par hasard. C’est en arpentant les rayonnages poussiéreux d’une librairie de livres usagés que mes yeux se sont posés pour la première fois sur l’un de ses ouvrages, un roman au titre accrocheur; Purge. J’ai ramené chez moi ce bouquin qui raconte l’histoire douloureuse de l’Estonie à travers le destin de femmes subissant les affres de l’occupation nazi d’abord et soviétique ensuite. J’ai dévoré ce roman qui a pour décor un coin reculé de la campagne estonienne. Malgré l’isolement des protagonistes, ces dernières sont happées par l’effondrement de l’URSS qui laisse l’ancien empire aux mains de criminels.
Autrice féministe et postcoloniale finlandaise d’origine estonienne, Sofi Oksanen, laisse transparaître dans ses écrits toute sa douleur et son indignation à l’égard de l’impérialisme, celui d’hier et celui d’aujourd’hui. Elle dénonce l’esprit barbare des puissants qui méprisent les cultures autres que la leur et qui considèrent les nations voisines comme de vulgaires satrapies.
Dans son dernier ouvrage, Deux fois dans le même fleuve : La guerre de Poutine contre les femmes, Sofi Oksanen traite abondamment de la guerre en Ukraine. Elle apporte un éclairage nouveau et saisissant sur un conflit colonial car c’est bien de cela qu’il s’agit. Dans l’épilogue, elle évoque ce silence qui entoure étonnamment l’impérialisme soviétique et russe, comme si l’Occident était incapable d’appréhender l’histoire coloniale en dehors des paramètres qu’on lui connait; à savoir que les victimes se situent toutes en dehors de l’Europe.
Or, cette lacune dans l’historiographie occidentale constitue un biais majeur qui perpétue des distorsions dans les études postcoloniales et féministes, des distorsions qui nous échappent en grande partie en Occident. En passant sous silence l’expérience douloureuse de l’Europe de l’Est, nous refusons de reconnaître les victimes d’un impérialisme de l’intérieur, nous les dépossédons de leur histoire et de leur identité, préférant les enfermer dans un non-lieu sur le plan de l’histoire coloniale. Cette négligence se perpétue aujourd’hui. Ce passé colonial tarde à investir la pensée occidentale comme s’il était difficile, voire impossible pour elle de concevoir qu’une femme blanche puisse être également victime de l’impérialisme. À lire…
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