Si l’existence d’une nation est un plébiscite de tous les jours, pour reprendre la célèbre formule de Renan, le vivre ensemble l’est également. Or, comment construire celui-ci dans un espace public marqué par les clivages? Véritable plaidoyer pour le dialogue, Panser le passé, penser l’avenir, est un ouvrage tout en nuance qui nous rappelle que les mots ne sont pas que des mots. Comme le souligne Azdouz, « le choix des mots est une source importante de conflits dans le débat sur le racisme, le sexisme, les discriminations et, plus largement, dans le traitement du fait minoritaire. »
Si nommer les choses est une manière essentielle de reconnaître un phénomène, de singulariser celui-ci – le racisme systémique, par exemple –, cette reconnaissance ne se fait pas sans heurter certaines consciences au sein même de la nébuleuse progressiste où ce concept ne fait pas l’unanimité. De fait, si la reconnaissance des discriminations basées sur la race apparaît nécessaire, celle-ci ne doit pas servir à diluer les autres discriminations basées sur le genre, par exemple, ou celles touchant les Autochtones qui composent encore avec une Loi sur les Indiens, ce qui n’est pas le cas des autres groupes minoritaires.
Le pluralisme identitaire, à la fois culturel et sexuel, est un fait de société que nous tardons collectivement à prendre conscience bien qu’il ait supplanté depuis un certain temps la lutte des classes dans le clivage opposant la gauche à la droite. Or, cette prise de conscience de la diversité des parcours individuels devient nécessaire pour assurer le vivre ensemble collectif. Elle pave la voie à la prudence. Elle invite à se tourner la langue sept fois avant d’assigner à l’Autre une identité culturelle, confessionnelle ou même sexuelle sur la base de postulats aussi biaisés que le faciès.
Rien n’est plus fluide que l’identité. Comme le souligne Azdouz, tout le monde cherche à se redéfinir à un moment où l’autre de sa vie. À cet égard, les stratégies identitaires apparaissent aussi variées que les parcours de chacun. Si certains parviennent à concilier des identités multiples, d’autres se sentent tiraillés par ces divers ancrages qui posent un défi à l’aménagement du pluralisme orchestré par les politiques publiques. De fait, comment interroger le niveau d’intégration de ceux qui sont nés ici sans les brusquer?
Ces assignations maintiennent à vif des blessures d’appartenance. Elles pavent la voie au malaise identitaire, qui se nourrit également des ratés de l’intégration. Collectivement, nous sommes capables de faire mieux.
À défaut de nous offrir une feuille de route pour sortir de la crise identitaire, Rachida Azdouz nous offre un lexique qui permet de mieux comprendre les tenants et aboutissants de cet enjeu d’actualité.
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